Atelier: Dans les pattes d’une fourmi, 2017.

Le projet « Dans les pattes d’une fourmi » est un atelier approchant le dessin méditatif et collectif.
Il a été mené avec des moyennes sections (4-5 ans).

Exploration graphique par le dessin.

L’intention première de ce projet, est de revenir sur le gribouillage de l’enfant. Le dispositif initie les élèves à dessiner en dehors de toutes préoccupations esthétiques et en s’écartant de toutes intentions de représentation.

Phase 1: individuelle.

Nous annonçons l’univers dans lequel le dessin se développera. L’extrait du film 1001 pattes réussit à captiver l’attention de chaque enfant. Il met en scène une fourmilière travaillant activement à la récolte de graines. L’observation du déplacement des fourmis est importante, et à préciser à la fin de l’extrait. Les fourmis se déplacent au sol, de manière continue. Nous semons les premières idées.

Le premier exercice individuel est le suivant: une feuille de papier est placée devant l’élève, celle-ci est parsemée de petites graines préalablement collées. Nous invitons l’enfant à imaginer être une fourmi, désireuse de récolter toutes les graines. Ainsi le trait laissé sur la feuille est, dans l’imaginaire, la trace de cette fourmi. Nous obtenons les premières esquisses d’une ligne vagabonde.

«Tu es une toute petite fourmi qui explore l’étendue de la feuille.»

Pendant les exercices, il est important de rappeler à l’enfant d’imaginer qu’il est une petite fourmi. Cela entraîne un détachement du système de pensée ordinaire. L’enfant observe le déplacement de la ligne dans l’instant, et s’éloigne de tous avis critiques ou jugements sur sa production. Il observe, simplement.

Phase 2: collective.  

L’exercice de la deuxième phase (présenté ci-dessous) demande à l’enfant un état de pensée particulier: ne pas avoir en tête ce qui va arriver sur le papier.
L’élève est guidé par la feuille d’arbre placée devant lui, car c’est au sein des nervures qu’il déplacera son tracé. Une certaine concentration de la part de l’enfant est alors sollicitée. Il apprend à réguler la vitesse de son déplacement, puis à contrôler son geste. Suivre la structure organique de la feuille requiert une certaine rigueur, mais rien n’empêche l’élève d’improviser et de sortir du «cadre».

Cette manière de dessiner initie les élèves à une méditation par le dessin: en induisant un état d’apaisement et de concentration.

Je progresse grâce à l’autre.

En partant sur un protocole d’exécution commun, cette approche du dessin place chaque élève à égalité. Cela invite les élèves à se compléter par l’autre plutôt que de s’y confronter.

Bien que l’exercice soit le même pour tous les élèves, nous obtenons différents dessins. La directrice de l’école, et enseignante de la classe, remarqua la personnalité de l’élève au travers son dessin.

Devenir spectateur de son dessin

Durant son tracé, une élève s’étonna d’apercevoir un lapin dans les lignes emmêlées. Je ne leur avais pas communiqué cette éventualité, dans l’espoir que justement, ils prennent conscience d’eux-mêmes qu’ils peuvent projeter des images dans les lignes.

Dans cette dynamique de création, l’élève ne se contente plus de percevoir seulement la ligne. Il tente de percevoir ce qu’il pourrait projeter dans la ligne.
De cette façon, l’élève, naturellement acteur de sa production, assiste à son propre dessin : il en devient spectateur.
Cependant, il devient ensuite difficile de ne pas céder à la tentation de provoquer délibérément une image. Car aussitôt que l’élève, citée ci-dessus, a pris conscience de cela, elle a de suite tenté de dessiner une maison. « Regarde ! J’ai fais une maison maintenant! »

En ce sens, l’élève joue pleinement son rôle de spectateur, lorsqu’il se laisse surprendre par ces apparitions dans la ligne.

Dans les projections de l’imaginaire

La structure organique proposée par le dispositif, amenant l’enfant à générer une structure graphique personnelle, permettrait donc de stimuler son imagination.

C’est une manière de concevoir le dessin qui permettrait de se recentrer sur soi, et d’explorer l’étendue de notre imagination.